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C'était pourtant un bel été

Le soleil est bas et embrase la mer. C'est une fin de belle journée d'été. Quelques voiliers qui rentrent au port, s'attardent pour profiter au maximum de ce merveilleux spectacle que le ciel leur a réservé. Un pêcheur remonte de la falaise, heureux, semble-t-il, du bon moment qu'il a passé au bord de l'eau, même si sa pêche n'est pas à la hauteur de ses espérances. Un groupe de jeunes cyclistes a mis pied à terre, juste au bord de la falaise et converse bruyamment. Puis après un bref arrêt, telle une volée de moineaux ils repartent en riant et criant, se souciant peu d'avoir un moment, rompu le charme. Leurs rires et leurs chansons se perdent dans la lande au fur et à mesure qu'ils s'éloignent et le silence venu de l'océan semble avoir gagné toute l'île. « O temps, suspends ton vol » En cet instant précis, cette supplique semble avoir été exaucée. Dominique, assise sur un rocher qui surplombe la mer, vit intensément ces minutes de quiétude absolue. Quand revivra-t-elle des instants comme celui là ? Et elle se met à penser à ce que sera sa vie, dorénavant, loin de cet endroit magique et sauvage : passages cloutés, bus, voitures, brouillard... Que le tableau est sinistre ! Que ne donnerait-elle pas pour que ce départ ne soit pas pour demain ? Qui pourrait lui accorder ce sursis ? Personne, alors à quoi bon s'imaginer ce que serait demain si...
Perdue dans ses pensées, la jeune fille, les yeux étrangement brillants, ne s'est même pas rendue compte que le soleil avait disparu derrière l’horizon. La mer, bleue foncé, contraste avec le rouge flamboyant du crépuscule. « Le ciel est rouge, il fera beau demain »" pense-t-elle. Le dernier voilier a franchi la pointe des Corbeaux et l'océan retrouve son aspect d'immensité déserte. Il est temps de rentrer, la nuit va tomber très vite maintenant. A contrecœur, elle se relève et reprend sa bicyclette qu'elle a posée négligemment contre un buisson de lande. Le sentier qui mène de la falaise au sémaphore est trop mauvais, elle le parcourt à pied. Un lièvre croyant à cette heure, la lande déserte, détale devant elle, la faisant sursauter. Dés que le sentier devient praticable, elle enfourche sa bicyclette et regagne Ker Morgan, tout doucement, pour profiter encore de ces derniers moments privilégiés.
En rentrant dans la cuisine, elle comprend tout de suite que ce n'est pas auprès de sa tante qu'elle trouvera le réconfort dont elle a tant besoin. Pauvre tante, qu'il lui est pénible, à elle aussi, ce départ ! Elle prépare le repas sans dire mot. Elle n'a même pas relevé la tête quand Dominique est rentrée. Peut-être pour ne pas lui montrer ses yeux rougis. Les deux femmes n'ont pas envie de parler, tant la peine les étreint. La jeune fille va s'installer dans le fauteuil devant la cheminée. Elle feuillette une revue, les yeux totalement absents. La pendule est en train d'égrainer ses huit coups quand oncle Joseph entre. Passant derrière le fauteuil, il pose ses deux larges mains sur les épaules de sa nièce et après un long silence, il parvient à dire: « Ca passera bien vite une année, tu sais... » Dominique ne répond pas tellement elle a la gorge serrée. Des larmes perlent dans ses yeux. Elle a de plus en plus de mal à contenir ses sanglots, mais elle lutte.
«Tu vas vite manger et aller te coucher de bonne heure : ton bateau est à 6 heures. Et demain tu as une dure journée devant toi. » dit tante Marthe, en finissant de dresser la table
Le repas est bref, personne ne parle, non pas que l'on ait rien à se dire, mais ce serait trop pénible à tous les trois. On est loin de ces repas bruyants et animés de ces derniers jours où les discussions allaient bon train, abordant toutes sortes de sujets, graves, puériles. Elles se terminaient souvent par de franches parties de rires. Ce soir, chacun se remémore au fond de lui-même ces bons moments passés ensemble mais se garde bien d'en reparler.
«Je monte finir ma valise et je vais me coucher » se décide à dire Dominique. Elle embrasse son oncle et sa tante et va se réfugier dans sa chambre où là, elle peut se laisser aller à sa peine. Oncle Joseph lui, il s'est installé dans son fauteuil, comme d'habitude, mais ce soir, il n'a pas envie de regarder son journal. Au lieu de bourrer sa pipe, comme il le fait depuis des lustres, il allonge ses jambes, penche sa tête en arrière et ferme les yeux. Comment, cet homme à l'aspect aussi rude, au passé fait de peines et de coups durs, pouvait-il encore ressentir tant de tristesse, tant d'émotion au point de ne plus pouvoir le cacher ? Tante Marthe a fini de faire sa vaisselle, elle rassemble toutes les affaires que sa nièce a pu éparpiller dans la pièce : demain ça ne sera pas le moment.

Capitaine17 il y a 1 an

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