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L'amant de minuit

Éva boucla sa journée à son bureau plus tard que prévu,ce jour-là.Mais que faisaient quelques minutes de différence?Il n'y aurait toujours que son chat pour l'accueillir à la maison.Elle avait un travail qui l'ennuyait mais il fallait manger,elle n'avait aucun ami proche,que de vagues connaissances et ses collègues.Toute sa famille était morte pendant un grand tremblement de terre,il y avait cinq ans.Elle avait tellement souhaité être morte avec eux car son existence n'avait rien d'excitant.Boulot,maison,dodo,telle était sa routine.
Éva était une jeune femme de 25 ans,mais elle ne les paraissait guère.Son corps mince et élancé la faisait davantage ressembler à une adolescente mais l'aura de féminité et de sensualité qui émanait d'elle contre-balançait le tout.Des cheveux longs,noirs et frisés encadraient comme une auréole son visage ovale au teint pur d'ébène.Ses lèvres étaient pleines,son front haut et son nez légèrement épaté.Ses yeux noirs étaient immensément grands,mangeant presque la moitié de son visage.Éva était en vérité une femme magnifique et elle le savait,quoiqu'elle n'y accordait pas plus d'importance.Elle n'était plus une jeune fille innocente,ayant eu de nombreux petits amis,mais les hommes ne l'intéressaient plus depuis un certain temps.Elle n'avait pas de temps à leur consacrer,occupée qu'elle était du matin au soir par son travail de rédactrice au journal.Il lui arrivait même de travailler le dimanche.En réalité,elle s'abrutissait de travail pour oublier sa vie solitaire.

En passant devant le bureau de Martin,son rédacteur en chef,elle lui fit un petit signe par la porte ouverte,nullement étonnée de le trouver encore là.Il lui sourit distraitement puis replongea dans ses papiers.L'horloge murale de l'entrée indiquait 19 heures quand elle franchit le seuil.Tant mieux.Elle grignoterait un biscuit,prendrait un bain et s'endormirait aussitôt,son chat pelotonné contre elle.

Pat,son gros chat blanc à la queue en panache vint l'accueillir devant la barrière,ronronnant et se frottant contre ses jambes.Ses miaulements se firent plaintifs,ce qui arracha un sourire à sa maîtresse.
- Tu vas bientôt avoir ton repas,promit-elle en déverrouillant la porte d'entrée.
Pat la suivit à l'intérieur,émettant des vocalises de plus en plus agonisants.La maison,entourée d'un jardin fleuri,contenait une salle de séjour,un salon,une vaste salle à manger,une cuisine et trois chambres au premier,avec salles de bains attenantes.Le tout était décoré avec goût.Mais c'était une demeure bien trop grande pour une seule personne.
Soupirant,elle mit de la viande crue,achetée pendant une halte au supermarché,dans le bol de Pat.Ce dernier s'y précipita avec une hâte compréhensible et engloutit son repas en quelques secondes.Entre temps,Éva avait regagné sa chambre pour se déshabiller.Elle n'avait même plus envie de manger,elle irait directement au lit après son bain.
Elle fouilla son sac à la recherche de son agenda,elle devait vérifier son emploi du temps pour le lendemain.Le sac lui échappa des mains,tombant sur le sol.Ses affaires s’éparpillèrent sur le carrelage blanc.C'est alors qu'elle aperçut la brochure.Du papier glacé.Beaucoup de couleurs.Elle se pencha pour la ramasser,intriguée.C'était une invitation à un bal.Un bal masqué.L'adresse se situait dans un quartier huppé.Le bal était gratuit.
Qui avait mis cette brochure dans son sac?Car elle était certaine que personne ne le lui avait donné,elle s'en serait souvenue.Quelqu'un l'avait glissé dans son sac,mais qui?Elle regarda à nouveau la brochure,gagnée peu à peu par une excitation sourde.Elle ne sortait jamais,préférant souvent un bon livre à une escapade nocturne.Et si c'était une mauvaise plaisanterie?Un piège?Et si elle se faisait kidnappée,se jetant elle-même dans la gueule du loup?
Elle se mit à rire,se traitant d'idiote.Elle regardait trop de films.Mais irait-elle?Elle retourna le carré de papier entre ses doigts.Un bal,ce n'était pas ordinaire.

Elle se posait encore la question le lendemain matin en prenant son petit-déjeuner.Et une demi-heure plus tard,au journal.Elle croisa Martin mais ne fit même pas attention à lui,absorbée dans ses pensées.Elle passa la journée obnubilée par le bal,qui devait avoir lieu le samedi suivant à 23 heures.Elle pourrait s'y rendre en taxi si elle se décidait.Elle s'achèterait une tenue,chose qu'elle n'avait pas faite depuis des lustres.Pour aller où,d'ailleurs?
Son coeur battait plus fort à chaque fois qu'elle y pensait,encore incertaine de la décision à prendre.Même ses collègues remarquèrent sa nervosité et Martin lui demanda si elle était malade.Elle fit signe que non,un drôle de sourire aux lèvres.
Vers la fin de la journée,elle savait qu'elle irait.

Le soir du bal,elle fut prête très tôt.Il n'était que 21 heures,mais elle était trop excitée pour attendre.Elle se regarda une dernière fois dans le miroir de sa chambre.Son incarnation de la reine de Saba était éblouissante.Sa robe de gaze et de voile dorée lui arrivait jusqu'aux pieds,et le profond décolleté laissait apparaître la naissance de ses seins.Ses cheveux étaient cachés sous des tresses africaines très longues,son visage était différent mais sublime grâce à un maquillage réaliste.Ses multiples bracelets en métal teintaient au moindre de ses gracieux mouvement.Un masque et un voile cachait le bas de son visage,la rendant méconnaissable.Son parfum tout neuf,à l'odeur de rose et de pois de senteur,embaumait encore sa chambre.Elle était prête.

La maison était immense,lumineuse et luxueuse.Des voitures étaient déjà garées dans la cour boisée quand Éva arriva sur les lieux.Deux hommes flanquaient la grille,elle en fut momentanément confuse.Et si elle se faisait expulsée?Tremblante,elle s'avança vers eux.Le plus robuste la regarda à peine,la main tendue.Instinctivement,elle tira la brochure de sa pochette.Le portier la prit et lui fit signe d'entrer.
Les invités se mêlaient dans une gigantesque salle puissamment éclairée dans un magma de couleurs.Il y avait là des Toussaint,des Bonaparte,des Cléopâtre,des Césars,des Louis XIV,des paysans,des fées,des anges,des Catwomen,des diables cornus et tant d'autres personnages fictifs ou ayant réellement existé.Des serveurs passaient des plateaux chargés entre les invités.Éva se saisit d'une coupe et but une gorgée.Son voile la gêna et elle se mit immédiatement à tousser,elle n'était pas trop habituée à l'alcool.Ou alors cela était dû à la nervosité qui l'habitait.Elle ignorait encore pourquoi elle était là,debout et perdue au milieu d'une foule de personnes anonymes.
Une musique douce était diffusée par des hauts-parleurs discrètement éparpillés dans la salle.Peut-être danserait-elle,si quelqu'un l'invitait.
- Bonsoir,Makéda.
La voix,masculine,grave et extrêmement sensuelle la fit tressaillir avant même qu'elle ne se retourne.Elle fit volte-face et découvrit un homme grand,mince et très séduisant malgré le masque qui dissimulait en partie ses traits.Il portait une simple tunique longue sur un pantalon noire.Ses pieds étaient chaussés de sandales.Éva lui donna 30 ans,à première vue.Elle fronça soudain les sourcils.
- Vous m'avez appelé Makéda,dit-elle.Comment savez-vous ce prénom de la reine de Saba?
Il sourit,ce sourire le rendit encore plus attirant.
- Je lis beaucoup.
Il avait un teint de miel,des cheveux noirs et drus.
- Qui êtes-vous?demanda-t-elle.
- Appelez-moi Hans.
- Et moi,je...
- Non! Je ne veux pas connaître votre identité.Pour moi,vous serez Makéda,la Reine du Midi.Vous êtes aussi belle qu'elle l'a été.
Sa voix troubla Éva,mais moins que son regard intense à travers le masque.Ils semblaient vouloir la dévorer et étrangement,elle ressentit du désir à cette pensée.
- Voulez-vous faire un tour au jardin?proposa-t-il de sa voix envoûtante.
Elle voulut refuser.Ce n'était pas prudent.Elle ne le connaissait pas,et si c'était un violeur,un fou?Un tueur.Elle se surprit pourtant à dire oui.Il la prit par le bras et l'entraîna à l'extérieur.Sa main sur sa peau nue la fit frissonner.Elle qui était si indifférente aux hommes,voilà maintenant qu'elle se sentait violemment attirée par un inconnu.

À l'extérieur,l'air était doux.Ils marchèrent le long des allées bordées par des arbustes,puis Hans s'arrêta et lui fit face.Une lune pleine éclairait leurs visages tendus l'un vers l'autre.Une tension érotique presque sauvage émanait d'eux mais ils retardaient d'un accord tacite le moment de la briser.
L'odeur musqué de Hans enivrait la jeune femme,sa proximité l'excitait de par son aspect interdit et insolite.Une intense vague de désir afflua à son bas-ventre quand il la prit par la taille?Pourquoi se laissait-elle faire?Elle aurait dû être choquée.Le gifler pour son audace,peut-être.Elle n'en fit rien.Le champagne,certainement.C'était un mensonge.Elle était parfaitement consciente de ce qu'elle faisait.Honteuse,elle découvrit qu'elle voulait la même chose que lui.Les lèvres chaudes de Hans sur les siennes achevèrent de la déstabiliser.Tous ses sens chavirés,elle se cramponna à lui,le ventre en feu.Leur baiser,ardent et sauvage,sembla durer une éternité.Hans la relâcha doucement.Ses prunelles brillaient de mille feux sous l'éclairage blafard de la lune.Ses mains n'avaient pas cessé de la toucher,et c'était fou à quel point il sentait bon!Qui était-il donc?
- Qui êtes-vous?répéta-t-elle tout haut.
- Cela a-t-il la moindre importance?Ne gâchons pas le mystère du bal.Gardons notre anonymat,et laissons-nous emporter par notre attirance.Demain matin,chacun repartira de son côté,mais avec de très beaux souvenirs.
Les sirènes ensorcelantes d'Ulysse n'auraient pas su être plus convaincantes.Et,autant se l'avouer,elle avait envie de lui.C'était fou,illogique,insensé...mais bien réel.C'était pressant.Urgent.Depuis quand avait-elle été touchée par un homme?Elle prit brusquement conscience de son manque,se sentant vivante et vibrante d'une soudaine envie érotique.
Son regard coula vers Hans,elle sourit lentement.
- Emmenez-moi...murmura-t-elle.

Rose il y a 1 an

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