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Le compteur de flocons

Ce matin, en me dirigeant vers le train, j’ai croisé sur mon chemin un gamin assis sur un tas de neige. Il fixait un point droit devant lui et murmurait des chiffres. Intrigué, je me suis arrêté tout près de lui et lui ai demandé ce qu’il faisait là. Il ne me répondit pas tout de suite, continuant de murmurer des chiffres en pointant de temps en temps du doigt dans l’espace. Puis, il cessa son monologue et se tourna lentement vers moi en affichant un sourire d’une richesse indescriptible.

« Je compte les flocons, monsieur » me dit-il d’une voix douce et chaude.

« Mais, il y a des milliers voire des millions de flocons qui tombent, petit. N’est-ce pas là une tâche bien stressante et inutile? »

Il ferma les yeux. Sur ses paupières tombaient de petits cristaux qui s’accrochaient désespérement avant de disparaître en de fines gouttelettes.

« Il y a des compteurs de gouttes de pluie qui, s’ils vous entendaient, s’en trouveraient offusqués. Les compteurs de flocons, comme moi, le sont. Mais on ne saurait vous en garder rancune car vous en ignorez, vraisemblablement, la raison. »

Voilà un enfant, me dis-je alors, qui me semblait très développé et qui connaissait des secrets que j’ignorais. J’attendis un moment et, voyant mon incrédulité, il poursuivit sans même attendre que je lui pose la question.

« La raison d’être du compteur de flocons n’est pas d’obtenir un chiffre précis de ces petites merveilles glacées, vous vous en doutez. N’importe quel humain deviendrait fou à vouloir tenter de compter les flocons dans une simple chute de neige. Il s’agit en fait d’une forme de méditation. Chaque flocon qui tombe accompagne une seconde dans notre vie et en suivant des yeux le cristal de vie qui flotte doucement vers le sol, l’esprit se trouve emporté dans une vague qui l’attache à la Terre et l’amène dans ses propres pensées afin d’y trouver une solution à un problème ou y trouver la paix. Lorsque je comptais les flocons, il y a quelques instants, j’ai trouvé ma voie et je me suis arrêté pour vous parler. Je savais que vous étiez là mais mon esprit était ailleurs. »

« Et combien de flocons as-tu compté ainsi? » demandai-je.

« Six mille trois-cent-quatre-vingt-deux. »

« Exactement? »

« Vous en doutez? »

Je balbutiai un non peu convaincant.

« C’est l’habitude de la concentration. »

« Et quel était l’objet de ce comptage, si je puis me permettre? »

« Je me demandais pourquoi mon père voulait partir de la maison. J’avais beaucoup de colère en moi et je n’arrivais pas à m’expliquer pourquoi toutes les larmes de mon coeur n’arrivaient pas à calmer cette peur qui montait en moi. »

« Alors, tu t’es assis ici et tu as compté les flocons afin de trouver une réponse, je me trompe? »

« Voilà. »

Le garçon se leva en délogeant la neige qui adhérait à sa culotte. Il mit son sac sur son dos et me serra la main.

« Adieu, monsieur. »

Et il disparut dans la foule qui continuait de courir vers les trains et les autobus. Le monde venait de reprendre son rythme fou dans un tourbillon de neige. J’aurais voulu lui demander ce qu’il faisait lorsqu’il ne neigeait pas ou au cours de l’été. Peut-être comptait-il les gouttes de pluie ou les brins d’herbe. Je ne le saurai jamais.
Je fis quelques pas et regardai les flocons de neige qui virevoltaient à mes yeux.

Je me suis assis dans la neige à mon tour, une larme au coin des yeux. Et mentalement, je me suis mis à compter des flocons. Bientôt, je murmurais des chiffres et pointais de temps en temps l’espace vide devant moi. Une curieuse impression de bien-être s’empara de moi. Et peu à peu, mon esprit se trouva éclairé parce que ce qui me tourmentait devint moins lourd et que je commençais à trouver des pistes de solutions.
Une femme s’arrêta auprès de moi et me demanda ce que je faisais, si j’avais besoin d’aide.

“Je vous remercie. Mais, je ne fais que compter les flocons. »

Je lui souris. Elle me sourit à son tour et me fit un clin d’oeil comme si nous étions soudain complices…

Patrice Landry il y a 1 mois

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