Site d'écriture

Commencer une histoire

écrire le début d'une histoire

écrire un début d'histoire

Robot jongleur

Tout a commencé par des cours en ligne. Sur edX dont le site est jovialement gardé par une jeune fille frisée souriant à pleines dents qu'elle a fort belles. Un cours enn anglais prononcé par des professeurs et étudiants au look asiatique ou au nom grec. Un cycle sur la robotique dispensé par l’université de Pennsylvanie.

Il s’initia aux joies de la cinématique et de la dynamique des bras articulés, aux plaisirs du contrôle optimal, il s'enivra de reconnaissance de formes et d’intelligence artificielle, il goûta les délices du mouvement autonome. Il découvrit et adopta les conventions de Denavit-Hartenberg puis de Khalil-Kleinfinger, se plongea avec ardeur dans les méandres du problème direct et du problème inverse, du contrôle non linéaire et des critères d’optimalité, de la conception de réseaux de neurones de convolution, de leur apprentissage par propagation rétrograde…

En trois mois il acheva les exercices, absorba les quatre cours.

Il chercha des compléments : sur Coursera, sur les sites d’universités réputées. Il se procura les bons bouquins qu’il dévora.

Il se décida enfin à passer à la pratique. C’était une autre paire de manche : il fallait se renseigner sur l’existant, concevoir et se procurer des pièces. Elles n’étaient pas gratuites. Il en fallait beaucoup : micro-contrôleurs et cartes électroniques arduino, lynxmotion ou raspberry, faisceaux de câbles et connecteurs, servomoteurs, batteries, capteurs, châssis, dissipateurs thermiques, pièces mécaniques. Il en acheta, testa, jeta beaucoup, en conçut lui-même et fabriqua dans le fablab de son quartier.

Il suivait avec inquiétude les progrès d'illuminés concurrents sur internet, entretint avec certains des correspondances suivies, donna des tuyaux, en reçut d’autres. Et puis un jour, le miracle s'accomplit : le bras lançait et rattrapait des balles. Une pour commencer. Le mois suivant ce furent deux puis trois, cinq, dix… Il multiplia les bras : deux trois, cinq. Shiva elle-même n’en eût jamais autant.

Puis ce furent des quilles, des anneaux, des chapeaux, des foulards, des boites à cigares, n’importe quoi.
Les bras jonglaient seuls ou avec des partenaires. Il plûrent beaucoup à sa petite nièce qui s’amusa longtemps avec lui, le grondait quand il lui envoyait une balle vicieuse qu’elle manquait mais l’aimait passionnément.

Trop au goût de ses parents qui préférèrent éloigner leur fille de ce compagnon métallique (et céramique) et l’envoyer en colonie beugler autour d'un feu en uniforme vert clair et foulard en coton au son de guitares folk. Au moins, c’étaient des compagnies humaines.

Il présenta son bébé dans des concours de jonglage. Il l’améliorait sans cesse. Les prix permettaient de payer les extensions et les nouveaux composants de qualité toujours croissante. Il lui réservait le meilleur mais refusa obstinément de lui donner un visage.

Pour augmenter sa dextérité, il le dota de mémoires vives toujours plus performantes et lui apprit à en changer les piles. C’était un risque car la RAM doit être sans cesse alimentée pour conserver intacte la structure élaborée et changeante des réseaux de neurones. Mais il fut payant. Le robot atteignit et dépassa le seuil des quinze balles laissant loin derrière lui le meilleur jongleur humain. Après les échecs et le go, le jonglage à son tour entrait dans l’âge des NTIC et de la robotique.

Des universités, des entreprises, de construction automobile ou de divertissement lui offrirent des ponts d’or pour acquérir ses brevets. Peine perdue, il n’en avait pas déposé. Il livra gratuitement ses secrets et les plans de la bête en échange d’un accès illimité aux meilleurs composants du marché. On le consultait souvent mais il prenait de l’âge et il se renfermait. Il passait de plus en plus de temps avec sa machine.

La variété infinie des jets de balles l’enchantait toujours. Il passait des heures à contempler ces ballets. Il lui sembla même que les figures aériennes n’étaient pas aléatoires, qu’elles recélaient un sens caché.

Il entreprit de les étudier. Il les filma en accéléré puis se les repassait en boucle, en pas à pas, image par image. Il tenta de discerner des morphèmes. Il se révait nouveau Champollion.

Il s’aperçût au bout d’un temps qu’il piétinait. Il demanda de l’aide. Des étudiants chercheurs en mal de thèse, anthropologues ou linguistes, lui furent proposés par de savants mandarins collègues de ses relations roboticiennes. Beaucoup s’y cassèrent les dents.

Un jour

Patrice Grabas il y a 3 mois

Terminer cette histoire


Commentaires

Commenter