Site d'écriture

Commencer une histoire

écrire le début d'une histoire

écrire un début d'histoire

Un jour comme un autre

Comme elle était réveillée depuis longtemps et qu'elle ne retrouverait pas le sommeil, elle s'était installée dans la bibliothèque, devant la fenêtre, dans le fauteuil qui, autrefois, avait été celui et son père et où chaque soir, il lisait durant une heure ou deux, avant de monter se coucher. Pour ne pas déranger, elle était descendue sur la pointe de ses pieds nus mais malgré ses précautions, elle n'avait pu empêcher le bois des marches de craquer et elle avait ri sous cape, une main devant sa bouche, avec espièglerie, comme lorsqu'elle était enfant. Au fond, elle n'avait pas changé autant qu'on voulait bien le dire.
Il était encore tôt. Le jour commençait tout juste à poindre et les arbres du parc dont la silhouette émergeait doucement de la brume nocturne, semblaient irréels, perdus au milieu de nulle part. Elle affectionnait ce moment privilégié où sa solitude s'accordait avec le silence.
Le fauteuil était devenu inconfortable avec les années mais peu lui importait. Elle y était attachée pour ce qu'il avait été et non pour ce qu'il était devenu, pour la place qu'il tenait dans ses souvenirs, comme elle était attachée à la maison toute entière, même si elle s'en défendait plus que de raison.
Le velours cramoisi qui avait servi à le tapisser, était devenu poussiéreux mais il suffisait de peu pour lui rendre son éclat.
Elle soupira et repoussa vers l'arrière, une mèche de cheveux qui la gênait.
La maison avait certes perdu de son lustre et méritait quelques travaux de rénovation mais elle avait beau ne lui accorder aucune indulgence particulière, elle la voyait avec ses yeux d'autrefois auxquels rien, pas le moindre petit détail n'échappait et elle n'en était que plus attirante.
Elle sursauta au cri d'un oiseau qui frôla la fenêtre et elle crut entendre battre ses ailes.
Elle devint nostalgique, plus qu'elle ne l'était déjà et se dit qu'on ne devrait jamais partir, qu'on ne devrait jamais abandonner les lieux qu'on aimait. Quelque part, c'était indigne. Ou alors pour une durée très courte et à moins, une fois revenu, de ne plus en bouger. Mais quel ennui, ce serait! Toute une vie, toujours au même endroit. Etait-ce seulement possible? Etait- ce seulement souhaitable? Elle se dit que non. C'était purement et simplement inimaginable. Cela dépassait l'entendement. Elle aimait trop les voyages, découvrir d'autres lieux, rencontrer d'autres gens. Elle n'aurait pas pu. Elle le savait. Inutile de se mentir.
Elle n'avait pas exploré toutes les pièces. Comme elle n'était revenue que de la veille, elle n'en avait pas encore eu le temps mais elle visiterait tous les recoins avant de repartir. Promis juré.
Qu'était devenu le bel homme dont le portrait en pied, ornait l'un des murs de la bibliothèque? Il n'y était plus et il lui manquait. Elle n'avait jamais su qui il était mais en faisant de lui un héros, la légende familiale l'avait fait passer à la postérité, ce qui avait suffi. Enfant, elle était tombé amoureuse de ses grands yeux sombres.
Lui avait-on accordé une place plus digne de lui?
Au cours d'un été particulièrement brûlant, alors qu'elle jouait dans le parc avec une de ses amies, elle s'était vantée d'avoir un amant et elle s'était empressée de décrire à son amie, le bel homme du tableau.
Quel âge avaient-elles, toutes les deux? Huit ans? Neuf ans?
Il avait été son grand consolateur. Mais n'était-ce pas le rôle d'un amant de consoler son amoureuse?
Elle s'était bien gardée de préciser qu'il était né deux siècles avant elle, si ce n'était plus. Et l'amie en question n'avait pas fait le rapprochement avec le bel homme du tableau. A sa décharge, il était vrai qu'à cette époque, la bibliothèque était interdire aux enfants. Ils n'avaient pas le droit d'y entrer. Lorsqu'ils voulaient un livre, ils devaient le demander. C'était la règle.
Adulte, elle avait gardé de l'affection pour lui. Il faisait partie de son jardin secret. Elle n'avait jamais parlé de lui à personne.
Le jour était maintenant levé. Elle ouvrit la fenêtre et sentit l'odeur des asphodèles. En même temps, elle perçut le bruit de la mer, au loin.
Dès qu'elle le pourrait, elle ferait le tour du parc. Il était immense mais elle en viendrait à bout sans se perdre et si elle se perdait, il y aurait bien quelqu'un pour partir à sa recherche. Un sauveteur.
Elle rit. Cette idée la rendait heureuse.
- Le fou! s'écria-t-elle.
Elle avait parlé sans s'en rendre compte.
Et quand bien même! Elle reviendrait toute seule. Elle avait voyagé autour du monde. Elle était assez grande pour retrouver son chemin sans boussole.
Elle ferma les yeux.
Pourquoi était-elle partie? Pourquoi n'était-elle pas restée? Qui pouvait le lui dire?
Elle en était là de ses pensées lorsque la porte s'ouvrit et qu'une voix s'écria:
- Agathe! Que fais-tu là, toute seule, comme une âme en peine? Tout le monde te cherche.

Chantal Vignot il y a 4 mois

Terminer cette histoire


Ce préambule a été poursuivi 9 fois ! Découvrez les histoires terminées